Pierre CAYOL, Artiste Peintre

TEMOIGNAGES


"Peintre de premier plan, Pierre a l’œil aiguisé et la pénétration d’un artiste. J’ai eu la chance de l’accompagner lors d’excursions dans des régions sauvages du Sud-Ouest. Je l’ai vu étudier un paysage particulier, le croquer d’un trait aussi vif que précis, puis le rendre en peinture sur la toile avec une maîtrise véritablement remarquable. Ses tableaux retracent la géologie et la nature sacrée de la terre. Il perçoit le paysage à la manière des Indiens, le ressent en profondeur, dans sa dimension spirituelle, l’admire avec révérence."

N. Scott MOMADAY, Indien Kiowa – Prix Pulitzer en 1969 pour "La maison de l’aube". (Traduction D. Laruelle)

 

 



"La nature pleine de taches de lumière que peint Pierre Cayol cède vite la place à un univers irréel. Aussi ce regard hors du temps utilise-t-il des perspectives plongeantes ou montantes. En cela nul formalisme. Le style permet de traduire le lyrisme d’un monde intérieur. Il ne convient donc pas de parler de vision minérale, mais de maturité et d’austérité ; d’immobilisme mais de tranquillité.

L’œuvre de Pierre Cayol est une tentative pour essayer de comprendre, une tentative désespérée au sens pascalien. Chaque tableau est un élément, une pensée d’un style naturel comme un cri de joie ou d’angoisse, dense comme un axiome. Les rochers, les collines, comme le corps féminin ou une nature morte, sont des sommets. Le peintre court de haut lieu en haut lieu pour y allumer des feux. Il veut tout conquérir pour comprendre. Il porte en lui la mémoire d’une genèse.

Finalement, Cayol est une énigme pour lui-même, non par pudeur : il s’interrompt pour retourner au silence. Il vole le frisson mais ne part pas avant la fin car, comme Diderot, il marche entre deux éternités."

Alain GIRARD - Conservateur des musées du Gard rhodanien - Villeneuve-lès-Avignon, Bagnols-sur-Cèze et Pont-Saint-Esprit.


 

 


"La peinture à l'huile est l'essentiel de son travail, épisodiquement, de la gravure.

Il dessine beaucoup.

Il va sur son chemin dans l'esprit des peintres et des mouvements qui le touchent le plus.

Le cubisme, Cézanne, Vuillard, Braque, Paolo Uccello... pour n'en citer que quelques uns.

La composition, la construction, la recherche de l'équilibre sont ses soucis majeurs.

Il est un fou amoureux de la Provence, pays natal, et du Sud-Ouest de L'Amérique du Nord, terre d'élection. Ces deux passions ont une incidence sur son travail :

Il dit que la Provence est "simple" dans sa couleur, et qu'il faut en maîtriser la forme, tandis que le Sud-Ouest américain est "simple" dans sa forme et qu'il faut en maîtriser sa couleur."


Joseph PACINI

 




"… J’imagine Cayol fou des Baux et des Alpilles, dont les paysages dénudés et arides, tout en rocs, rostres et surfaces calcinées, d’évidence l’inspirent. Il aime la rigueur – jusqu’à l’austérité. Or, rien de plus rigoureux que la pierre. Rien de plus net et précis. Rien qui se prête moins à joliesses et fioritures. La Provence de Cayol (Cayol lui-même ?) est calviniste ou janséniste. Rochers, éboulis figés pour l’éternité dans le dernier temps (la dernière seconde) d’un cataclysme… Cayol est le peintre du marmoréen.

Qu’il passe aux natures mortes, aux femmes, aux arbres, je retrouve cette même sévérité, ce même goût de l’essentiel : le net et le dur. Les femmes ont des seins, un ventre, des cuisses fermes comme la pierre, ce qui n’empêche pas leur stature (mot qui me réjouit, ici, car il donne à penser à statue) épanouie. Ses arbres si attaqués qu’ils soient par la neige, l’eau et le gel, sont imputrescibles et ses natures mortes, là sur la table, vous attendront dix ans, vingt s’il le faut : nettes et si dépouillées qu’on ne voit où ni le temps ni la mort ne pourraient, pour les dissoudre, les attaquer.

Cette exigence - cette éthique –de la rigueur, (ce refus de la mollesse, de la graisse, des atours…) suppose la moins flamboyante des palettes. La plus proche du gris – la couleur de l’austérité. J’imagine Pascal et Cézanne, s’ils avaient connu le peintre Cayol : ils en eussent fait leur frère."

Yves BERGER, directeur littéraire des Éditions Grasset. Prix Femina, 1962, pour "Le sud". Prix Médicis, 1999, pour "Immobile dans le courant du fleuve".

 




Comment surprendre les fleurs

en flagrant délit d’existence ?

Comment parler aux objets dans

le silence apprivoisé du regard ?

Comme un chamane,

Pierre Cayol

poursuit ses incantations picturales

pour mieux saisir

l’eldorado égaré dans le mystère

des natures immobiles.

Joseph PACINI

 

 



"Pierre Cayol bâtit avec une minutie comparable à l’ascèse des mystiques un monde minéral et solaire parcouru d’Indiens et survolé d’oiseaux porteurs de messages. On le sent en quête de ce que Paracelse nommait “la signature des choses”. Nulle concession jamais chez lui : seulement des fondations et des fécondations. Une pénétration lente et continue vers le centre, le point où la matière, à force de rêver qu’elle vit et vibre, finira par se transformer en lumière pure. “Donnez à voir ”, souhaitait Eluard. Seuls les créateurs inspirés, dresseurs de torrents et charmeurs de déserts, façonneront un jour les dieux capables, à leur tour, de refaire l’univers à l’image de l’homme."

Marc ALYN - Prix Max Jacob, 1957, pour "Le temps des autres". Grand prix de poésie de la Société des Gens de Lettres et de l’Académie française, 1994, pour l’ensemble de son œuvre. Prix Henri-De-Régnier de l'Académie française pour "Le piéton de Venise", 2005.

 

 



                                      "Quand la matière s’achemine vers l’esprit"

Au premier abord, la peinture de Cayol est paisible. Ce n'est qu'une apparence. Dehors c'est la pierre. Dedans c'est le tissu. Dans les deux cas ce sont des murs. Pierre et tissu sont traités frontalement: on s'y heurte. Qu'elle soit "hard" ou "soft", pierre ou tissu, la matière s'oppose, elle résiste.

Des couleurs douces et pastels pour la dureté de la pierre, des couleurs chaudes, voire violentes pour le tissu introduisent l'ambiguïté. La pierre serait-elle plus tendre que le tissu? C'est bien cette impression qui se dégage des tableaux. Pierre Cayol ne peut que vivre la pierre sur le mode de la tendresse : c'est son nom. Quand il se permet de faire des incursions ailleurs, c'est pour "s'éclater". A côté de l'exubérance des couleurs de l'étoffe, le traitement de la pierre est retenu. Alors il a tendance à se lire... comme un autoportrait."

Agnès PIERRON – auteur du "Dictionnaire de la langue du théâtre", 2002 et "Dictionnaire de la langue du cirque",2003.

 




Frontières

Où sont les soleils mauves

Qui plongent et cheminent au sein de la couleur ?

Où sont les arbres verts

Lianes enchevêtrées jusqu’aux lacs d’eaux profondes ?

Clairières en léthargie !

Le sommeil en son éclat de feu

Achemine ses rêves sur des sentiers étroits,

A l’affût, là, dans l’ombre, la lumière

En indien Navajo

En Peul de l’Afrique

Griffe le sang du soir pour conjurer le sort.

Voici le songe des couleurs engrangées dès l’enfance ?

Le triangle lascif, les émois de calcaire,

Et le rire du bleu coulant dans les roubines ?

L’antique faim d’images qui taraude le corps

Grésille

Musique de la toile sur l’encre qui s’enferre

Magie des hiéroglyphes !

Derrière les frontières

Naissent des sens nouveaux…

Joseph PACINI

 

 



Les quatre mondes de Pierre Cayol

Le jeune homme reçut à son front un éclair
et devint pour l'aimée une lampe diffuse
Onde de forme était la pyramide
où se levait un couple roi.



L'étreinte eut pour sujet la naissance du peintre.
L'altier regard crée le futur, confiance joueuse
et passage à l'objet. Vision de l'atelier - aplats -:
table, tréteaux, châssis, papier peint ou tissus collés,
pinceaux, cartons format raisin, blanche monnaie du pape


L'artiste scrute au silencieux abyme ses outils.
Fortune non de mer mais de ferme voilure:
Alpilles de Van Gogh, Victoire cézanienne,
Les unes tracées bleues, l'autre en rouge manière,
pour l'hommage à deux maîtres inspirés par Nature.


Cayol pour respirer veut la Terre non l'Air.
Et celle de Provence est augmentée par sa province
amérindienne au coeur. Canyons de grès, ocres falaises,
Arizona, Utah, et Monument Valley. Les quatre mondes
des Apaches réclament quatre couleurs,


les Pueblos font résider leur dieu au quatrième ciel.
La Kachina, rituelle poupée chez les Hopis

révèle à leurs enfants le ludique divin;
le Premier Homme fit des montagnes sacrées
pour fixer au pays navajo ses limites.



Les mythes sont des attendus pour nos épreuves.
Pierre conforme à son prénom, Cayol
traduit leurs pétroglyphes, fait de légendes langage coloré,
trouve une terre d'élection en leurs figures,
en étrange contrée advient à son réel.

André UGHETTO - Poète et critique littéraire dans les revues SUD, POESIE, SORGUE et AUTRE SUD. Traducteur de poètes italiens et anglais. Ouvrages récents:"Rue de la forêt belle", éditions Le Taillis Pré, 2004; " Le sonnet, une forme européenne de poésie", éditions Ellipses, 2005.

 

 



                                     PIERRE CAYOL : L’ÉMERVEILLEMENT DU REGARD



Peintre méditerranéen, Pierre Cayol a su saisir avec talent, dans ses toiles, la lumière et la splendeur de nos terres du Sud. Ses paysages des Alpilles, en particulier manifestent à la fois un sens profond de la structure, de l’équilibre des formes et de l’harmonie des couleurs. Au-delà des apparences, on devine l’osmose qui s’est établie antre la sensibilité de l’artiste et ce que l’on peut nommer : l’esprit des lieux.
Et la même connivence est perceptible avec les paysages des territoires indiens du Sud-ouest des États-Unis dans lesquels Pierre Cayol fait de longs séjours depuis quelques années. Les lignes, les couleurs des canyons, des mesas ou des pueblos sont certes différentes, mais la fascination qu’elles exercent est la même. On sent que le peintre, dans ce qu’il considère sa patrie d’élection, est en empathie avec les mythes complexes des Hopis, des Apaches ou des Navajos. Là, tout est imprégné de sacré. Il n’est donc pas étonnant que l’art et l’artisanat des Indiens – poteries, tissus, vêtements, peinture de sable – s’introduisent dans les œuvres du peintre, et tout particulièrement dans certains collages, et dans les natures mortes, d’ailleurs si mal nommées, en français, puisque, dans le cas de Pierre Cayol, elles nous paraissent animées d’une singulière vie intérieure. Là aussi, comme dans les nus, triomphent la sensualité, l’équilibre et le lyrisme des couleurs.
Dans une époque de mutation violente et de malaise, où souvent l’art se réfugie dans le grotesque, la dérision, voire la négation de ses propres pouvoirs, Pierre Cayol, porté par l’émotion et l’émerveillement du regard qu’il pose sur le monde élémentaire, poursuit une œuvre résolument placée sous le signe de la ferveur, de la célébration et de la beauté.

Jean JOUBERT - Prix Renaudot, 1975, pour L’homme de sable.

 

 



                                              PIERRE CAYOL, Le Fou d’Amérique

                                                              Entretien avec Marc Alyn

Marc Alyn – Homme du Sud, né à Salon-de-Provence en 1939, résidant non loin d’Avignon, à Tavel, dont le vin rosé – assurait Pierre Seghers – "fait les poèmes chanter", vous êtes sans conteste le plus "indien" des artistes contemporains. N’avez-vous pas enluminé de main de maître les rêveries américaines d’Yves Berger, notamment dans l’album intitulé La Galerie indienne du Fou d’Amérique ? Comment cette "folie" s’est-elle emparée de vous ?

Pierre Cayol – Le Sud-ouest américain, les Indiens, c’est un monde ! Depuis vingt ans, je n’ai de cesse d’errer entre ma Provence natale et les territoires indiens d’Arizona et du Nouveau-Mexique, chez les Navajos, les Apaches, les Hopis et les Pueblos, peuples légendaires que l’Histoire s’est longtemps acharnée à effacer. Sur ces terres rouges, les paysages ont une allure désertique dans un espace sans limites, ces déserts sont marqués par la nostalgie d’un paradis perdu. Un équilibre parfait entre les lignes, les pleins, les vides et les masses que l’on trouve aussi dans la composition des chefs d’œuvre de la peinture. Quoi d’étonnant à ce que les gens qui vivent là – Navajos ou Hopis – reflètent tant soit peu ces paysages sur leur visage, leur allure. La même beauté se décèle à travers leurs chants.

M. A. – Certains surréalistes vous avaient précédé dans cette voie. Je pense à Antonin Artaud s’efforçant, dès 1936, de partager le grand songe des Indiens Tarahumaras, ou à André Breton fasciné par les Kachinas hopis…

P.C. – Il a fallu du temps pour en faire de l’art premier !… A Sedona, où Max Ernst est venu vivre deux ou trois ans, j’ai consulté dans la bibliothèque de cette ville, un énorme livre sur son œuvre dans lequel j’ai découvert des dizaines et des dizaines de travaux que je n’avais jamais vus parce que, ici, on nous montre toujours les mêmes œuvres. J’ai constaté que cet artiste avait déjà réalisé, dans les années quarante-cinquante, tout ce que les artistes "d’avant-garde" ont réalisé jusqu’à aujourd’hui inclus ! Mais ce qui est étonnant, c’est que ça n’a pas déclenché (je parle des Kachinas et des surréalistes) la même explosion que les masques africains avec Picasso et Braque.

M.A. – Vos intercesseurs ne furent pas des intellectuels européens, mais des créateurs issus de l’indianité.

P.C. – A santa Fe, au Nouveau-Mexique, j’ai eu la chance de connaître trois grands artistes : Allan Houser, sculpteur apache reconnu dans tous les Etats-Unis ; William Lumpkins, l’un des pionniers de l’expressionnisme abstrait et Scott Momaday qui n’est pas seulement un auteur important – Prix Pulitzer pour la Maison de l’aube en 1969 – mais aussi un peintre et un homme qui passe beaucoup de son temps sur les territoires indiens ainsi que chez les Peuples de Sibérie pour les aider à conserver leur culture et à prendre leur défense par le biais d’une fondation – Buffalo Trust – qu’il a créée et dont il est président. C’est un Indien Kiowa. Il me soutint par le seul fait qu’il apprécie mon travail, mais aussi par tout ce que je peux apprendre à travers ses ouvrages et ses conversations.

Tous les trois, de diverses manières, ont contribué à façonner ma pensée et m’ont beaucoup aidé (sans qu’ils ne fassent rien) à me libérer. Comme s’ils m’avaient donné la permission de me libérer…

M.A. – Qu’entendez-vous par là ?

P.C. – Pendant des années, les "bien pensants" nous ont mis dans la tête que l’art abstrait était le seul art aujourd’hui, l’unique voie possible et que chaque peintre digne de ce nom devait atteindre ce niveau à un moment ou à un autre – un véritable "nirvana" de l’art.

Or, on peut voisiner avec la peinture abstraite, on peut être dedans de temps à autre… Cela m’arrive. J’ai toujours beaucoup aimé un peintre comme Alfred Manessier et je trouve qu’il est un peu oublié d’ailleurs ! J’aimerais qu’on se souvienne aussi de Nicolas De Staël qui, dans les années cinquante, avait déjà fait l’aller-retour figuration-abstraction-figuration. Ceux qui restent farouchement hostiles à la figuration n’ont jamais rien compris à la peinture.

Donc, quand je dis que Scott Momaday, Allan Houser et Williams Lumpskins m’ont libéré, c’est qu’eux-mêmes étaient libres de toutes chaînes et pratiquaient indifféremment les deux tendances dans leurs travaux, sans préjugés, sachant très bien que, et c’est à mon avis la moindre des choses, "un tableau avant d’être un cheval de bataille, une femme ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées" (Maurice Denis).

M.A. – Yves Berger parle de vous comme du "janséniste de la peinture contemporaine" mettant ainsi en relief une instinctive rigueur qui se complaît dans la représentation du règne minéral.

P.C. – Longtemps le minéral m’a passionné, et il me passionne toujours. J’habite la Provence et c’est une énorme chance. A ma disposition, les Alpilles, la Sainte-Victoire, le Lubéron : des ensembles chaotiques souvent – mon plaisir de la structure a de quoi se nourrir. "Il faut reconstruire ces ensembles rocheux sous l’espace réduit de la toile de manière à ce qu’ils puissent "tenir" debout. L’équilibre, la composition… La couleur par contre, en est sobre et simple – des bleus et des gris colorés. Là-bas, dans le Sud-ouest indien, l’espace plus grand que nature supporte des masses gigantesques, tabulaires, on ne peut plus simples et sobres ; rien qui ne ressemble à un détail, l’essentiel uniquement. C’est tout fait… l’art nature ! Mais la couleur, c’est autre chose : du rouge ocre orangé sur du bleu surnaturel… merveilleux à regarder dans la réalité, insupportable sur l’espace d’une toile. Le travail réside donc, là, du côté de la couleur.

Rapidement, je me suis trouvé sur un autre chemin, plutôt des synthèses, des signes, des supports mythologiques. Mon goût du dessin, de la gravure vient se placer dans la peinture même. J’y mêle des impressions avec tampon et souvent du collage, maintenant. Je devine que ces supports mythologiques du monde indien peuvent provoquer des recherches à partir de la mythologie provençale, occitane, plus largement méditerranéenne, et je me remets à regarder tout le travail d’un Picasso en relation avec la mythologie, et que j’ai toujours beaucoup apprécié dans ce sens.

M.A. – Des toiles monumentales comme vos hommages aux Apaches, aux Navajos, aux Hopis et aux Pueblos, me touchent à la fois par leur extrême concentration et leur ouverture. N’êtes-vous pas de plus en plus un révélateur de signes ?

P.C. – Tout au long de ma vie, j’ai donné l’impression sans doute que je me détachais petit à petit de ce qui paraissait descriptif. En réalité, je représente peu à peu une autre réalité qui a aussi des éléments descriptifs. Le monde indien, le monde de là-bas, m’a permis d’utiliser plus facilement des symboles, des signes. Parce que j’aime ce monde (géographique aussi), j’ose davantage. En même temps, il y a le sacré qui plane partout chez eux et c’est tellement proche de l’art.

M.A. - Je suis frappé par la cohérence de votre démarche. Il n’y a pas de rupture entre les diverses séquences de la recherche, mais une lente évolution qui vous permet de changer en demeurant vous-même…

P.C. – Je crois que ma vraie peinture est apparue avec les rochers. Auparavant, il y avait le désir de raconter quelque chose : avec les foules, j’ai peint des couples et des personnages seuls. Des couples, parce que j’aime voir un homme avec une femme parce que j’aime la complémentarité de l’amour. Les personnages seuls faisaient plus facilement partie du thème Terre Promise. J’ai peint un homme qui est un émigrant, extrêmement dur, douloureux. J’ai été proche d’eux dans mon désir de lumière. J’ai donc aimé peindre les foules, sortes de pèlerinages, les groupes refoulés, les gitans, les rejetés en général ; les Hippies qui s’en allaient jouer leur musique. Tous ceux qui n’avaient pas d’endroit – les seuls vrais propriétaires d’une Terre Promise - . Mais c’est le chemin qui y mène, qui, sans doute, est le plus créateur. De la nécessité du nomadisme.

M.A. – Je sais que l’enfer, pour vous, ce n’est pas "les autres", bien au contraire. Cependant, l’homme est absent de bon nombre de vos tableaux ; comme votre prénom l’indique, vous peignez la pierre, c’est-à-dire un univers d’avant ou d’après l’humain.

P.C. – Dans son Hommage à la nature morte de Chardin Francis Ponge affirmait : "L’homme est en quelque façon en trop dans la nature". La pierre ne se soucie pas de l’homme ; néanmoins, elle n’existe que par son regard. En ce qui me concerne, j’ai trouvé, dans le règne minéral, ma propre écriture, ma syntaxe. Aujourd’hui, je ne veux raconter que ce qu’il y a de pictural, avec les réussites et les échecs bien entendu. C’est-à-dire tous les signes présents sur la toile : lignes droites, courbes, bandes, surfaces, matières, couleurs, posées là pour se mettre en valeur, s’accompagner, se lier, s’équilibrer. Il y a un moment où c’est le travail qu’on vient de faire qui montre lui-même la direction à prendre ; c’est dans ce cas-là qu’on se sent un peu créateur… (Ce mot extrêmement usité aujourd’hui, je préfère l’employer avec discrétion). J’aime la sobriété et l’austérité en général, même dans les toiles où la couleur a l’air de prendre le dessus.

M.A. – Scott Momaday écrit – et c’est un grand éloge – que vos tableaux retracent "la géologie et la nature sacrée de la terre" et que vous percevez "le paysage à la manière des Indiens, dans sa dimension spirituelle". L’été dernier, à Santa Fe, vous avez exposé vos peintures récentes sous le titre d’Incantations. Ne touchez-vous pas aussi à la poésie et à la magie ?

P.C. – La vraie traduction des noms indiens qui désignent l’homme médecine, le shaman, c’est Chanteur. D’innombrables chants accompagnent les cérémonies, les rites de guérison. Rien ne se fait sans le chant.

Il y a là de l’incantation, en ce sens que nous sommes dans un domaine qui paraît en dehors de la nature, je dirai plutôt surnaturel, mais le surnaturel fait partie de la nature, je crois, alors que je le sais bien, étymologiquement, l’incantation, la magie, créent des effets contraires à la nature…

J’ai appelé mon exposition de Santa Fe Incantations simplement parce que l’art en général est une magie, je dirais positive, et en plus, au pays des Indiens, n’était-ce pas la moindre des choses !... Mais il est bien entendu que c’est ainsi que l’envisagent les Indiens, lorsque je parle de sacré, de magie, d’incantation, de création, de Dieu, je conçois que tout cela peut faire partie de la nature, des divers langages de la création artistique et de la nature des choses, parce que, encore une fois, comment inventer ce qui n’existe pas ? Je crois profondément que si les hommes ont pu inventer Dieu, c’est parce qu’il existe !

M.A. – Les natures mortes occupent une part non négligeable de votre œuvre. Où réside le point de jonction entre objet et paysage – le dedans, le dehors ?

P.C. – La nature morte est vraiment le lieu de la recherche, de la découverte, le plaisir de trouver. C’est vrai pour beaucoup de peintres. La construction, l’équilibre, la composition, le corps intérieur, le squelette, tout ce qui touche à la structure, au dessin, est plus essentiel que la couleur. Depuis quelques années, j’utilise beaucoup de tissus comportant eux-mêmes un motif ou un graphisme qui m’intéresse, du moins lorsqu’ils possèdent une certaine tenue, comme le drap, par exemple. Les tissus peuvent se présenter comme des ensembles rocheux avec les mêmes structures : arêtes, lignes de crêtes, aplombs, crevasses…

J’ai dit que j’étais fou d’équilibre, de composition, d’arrangement, de construction. Cette recherche procure un plaisir moins malaisé à trouver dans la nature morte où l’on peut se déplacer, ajouter, supprimer un élément sans trahir l’ensemble. Même avec la foi, il est plus difficile de déplacer une montagne ou d’en supprimer une partie…

Un paysage réel est toujours presque assez grand pour qu’il s’équilibre lui-même. L’univers lui-même est en équilibre ; c’est bien autre chose que de recréer cet équilibre en un espace réduit – la toile- dans lequel il n’y a qu’une parcelle du monde.

M.A. – Dans votre tableau Hommage au peuple Navajo, quatre couleurs – le noir, le bleu, le jaune et le blanc – suggèrent les "quatre mondes" qui font partie de la cosmogonie de cette nation indienne. Quatre mondes supplémentaires, voilà qui est bon à prendre ! N’est-il pas urgent de nous accroître de ces sensibilités différentes, trop longtemps ignorées ou méprisées ?

P.C. – Connaissant bien les divers musées indiens du Sud-ouest, j’ai eu du plaisir à y emmener par trois fois un petit groupe d’amis peintres pour leur montrer la qualité et sans doute l’importance de la création indienne – une certaine architecture mais aussi la poterie des Anciens Pueblos dont celle des Mimbres qui rassemble de vraies merveilles. C’est, à mes yeux, l’équivalent de la poterie grecque, étrusque et d’autres. Il en va de même pour l’art du tissage chez les Hopis et les Navajos, les peintures sèches (sables de couleur) chez les Navajos, les gravures sur les rochers. Cela me paraît important, nécessaire, vital, que les artistes, d’ici et d’ailleurs, puissent connaître ces cultures.

On se rend bien compte, quand on a la chance ou la volonté de suivre son chemin, que quelque chose vient à soi en même temps. Un chemin n’est pas uniquement pour aller d’un point à un autre, il est aussi là pour la rencontre. J’ai souvent pensé qu’un artiste était un peu comme un homme de la frontière : d’un côté, la culture, le passé, la raison, ce qui est acquis ; de l’autre, l’imagination, le mystère, le rêve, ce qui est encore ignoré.

Propos recueillis par Marc Alyn dans Aujourd’hui POÈME – N° 83 Septembre 2007

 

 



                                                       Commentaire de Gerald Vizenor

Pierre Cayol perceives the natural world as a creative artist. Provence has provided him and many other distinctive painters some of the most memorable scenes in the history of art. Pierre has painted his way by seasons of expressionism, by singular, sensuous figures, by the traces of landscapes near home, and he has created inspired abstract scenes of the mountains and mesas on the Navajo Nation in the American Southwest.

Pierre is an extraordinary painter of the world. He creates a natural union of lines, textures, and the masterly touch of bright, sweeping colors in his prints and paintings. The lines create original fusions of visionary landscapes, forms in flight, and the natural signatures of mighty mountains. The sentiments of color, texture, tease of balance, and the brush, contact and link of forms create a natural sense of balance, and always with traces of humor, eternal fire, and natural reason. The painterly details of his abstract landscapes create a sens of splendor and humility.

Pierre is a dedicated painter of sensuous scenes, and he reveals a spirited consonance by the natural, expressive tease of figures and landscapes. These practices are both painterly and literary, a sense of presence and irony in the very expressive shifts and turns of light and dark, color, and perceived motion. Pierre is an artist of natural, creative unions not separations.


 


Le monde naturel, Pierre Cayol le perçoit à travers sa créativité artistique. A lui, comme à d'autres peintres remarquables, la Provence fournit certains des décors les plus mémorables de l'histoire de l'art. La peinture de Pierre est l'histoire de saisons expressionnistes, de figures sensuelles et singulières, de traces de paysages déposées alentour, comme des montagnes et des mesas de la Nation Navajo dans le Sud-ouest américain dont il s'est inspiré pour faire des tableaux abstraits.

Pierre est un extraordinaire peintre du monde. Ses gravures et ses peintures sont une union naturelle de lignes, de textures, de couleurs magistrales et enlevées. Ces lignes mettent en fusion paysages visionnaires, formes envolées et silhouettes de puissantes montagnes. Sous le pinceau, couleurs, matière, défi à l'équilibre, formes effleurées et liées aboutissent à un sentiment naturel d'équilibre, empreint d'humour, de feu éternel et de raison naturelle. Les détails dont il a peuplé ses paysages abstraits créent une sensation de splendeur et d'humilité. 

Pierre est un peintre fervent de scènes sensuelles. Du jeu entre formes et paysages monte une intime et puissante communion naturelle. Cette pratique, à la fois picturale et littéraire, dit une présence et une ironie jusque dans les mouvements de la lumière, de l'obscurité, de la couleur et des coups de brosse. Pierre est un artiste de la nature, créateur d'unions non de séparations.

Gerald VIZENOR, Indien chippewa, poète, romancier, critique littéraire et critique d'art, est professeur à l'université d'Albuquerque au Nouveau-Mexique après avoir longtemps enseigné à Berkeley en Californie.

 

 

 


                                       Pierre Cayol : peindre la Genèse/générer le Réel

L’œuvre peint de Pierre Cayol est une méditation profonde sur la création. Une méditation indissociable de la beauté du monde et du désir de partage de joie et d’amour que cette beauté, en lui et par lui, suscite. Peindre c’est alors non seulement tenter de « dire le monde », dire la beauté du monde, mais aussi et surtout tenter de saisir « comment » ce monde se dit dans et par le mouvement même de sa gestation, de sa génération, de sa « création ». Le peintre explore indéfiniment ce « comment ». Il veut saisir le mouvement réel du Réel dans sa positivité, dans sa beauté. Face aux paysages muets, Cayol explore le « creuset » de la création de ce qui est là, en faisant de son carton ou de sa toile le lieu répété de l’expérimentation de l’énigme, le creuset même du mystère et finalement du miracle de l’existence de ce qui est. Un miracle creusé, interrogé dans ses effets c’est-à-dire les structures mêmes du réel qui le manifestent, comme autant de traces du mouvement de sa genèse vivante, du souffle qui le porte et le constitue. Le peintre part à l’aventure dans la recherche de ces traces de la Genèse[1] dans l’équilibre instable des rochers de Provence ou la puissance massive des montagnes et des canyons des déserts de l’Arizona, des traces qu’il recueille, qu’il reporte, qu’il exprime et prolonge dans l’acte même de dessiner et de peindre. Aux commencements de l’œuvre, la minéralité blanche des calcaires tachetés de vert. Viendront ensuite la culture, les tissus et les hommes et aussi les ocres jaunes et rouges de Surprise Valley. Peindre, pour Cayol, c’est dire la création, ré-introduire son « unité » dans un monde historique morcelé et disloqué ... et continuer la création en y consentant, en l’amplifiant. Créer c’est consentir à cette création, suivre le tracé de ses lignes, de ses courbes et de ses stries : con-sentir, sentir « avec » en prenant part à son mouvement, en la com-prenant dans l’acte même de peindre qui la répète dans et par ses propres structures, ses propres combinaisons, ses propres complexes de mouvement et de repos. Comme si l’acte créatif de l’artiste n’était rien d’autre, n’avait de justification et de noblesse, que de ce que la création elle-même permet éternellement, dans et par ses structures, dans et par sa contemplation, dans et par son amour. L’unité que l’artiste a la volonté de ré-introduire dans le monde, nous apprend – paradoxalement – notre appartenance à l’ordre de la Nature en deçà du monde des grandes entités mortifères de l’Histoire. Comme le dit Cayol – et qu’il propose comme une énigme – « on ne peut pas inventer quelque chose qui n’existe pas »[2]... Car tout est éternellement – pas de création ex-nihilo ! – et le présent se dit de cette éternité même du tout du monde qui ne se dit que par et dans le présent vivant. C’est ce que la peinture de Pierre Cayol peint, ce qu’elle pense et ce qu’elle nous donne à penser et à voir. Une peinture philosophique ? peut-être comme toute grande peinture... métaphysique ? théologique ? magique ? sans doute, quand l’acte de peindre retrouve, pour le peintre, la fonction curative, thérapeutique des images que les chamans tracent sur le sable ou dans l’écriture finement dessinée des pétroglyphes. Ce sable et ces signes qui sont présents dans les toiles de Pierre Cayol à la croisée de la nature tellurique de la peinture et de sa dimension culturelle et cultuelle que le peintre voudrait retrouver dans toutes ses mystérieuses puissances : celle de ressusciter la vie des hommes ou du moins de la soigner en la partageant dans une communion de beauté. En la partageant et en la diffusant dans et par ses images. Cayol perpétue la dimension sacrée de l’image comme trouée sur la présence resplendissante du monde.

Mais les images ce sont celles, aussi, qui constituent une culture, une mythologie, une civilisation. Une civilisation c’est une imagination singulière. Des images à travers lesquelles un groupe humain s’affirme, s’explique et développe sa propre vie, celle enveloppée dans et par ses images.

C’est par la rencontre des Indiens d’Amérique que l’ordre symbolique, la culture, s’introduit dans la minéralité première des toiles peintes de Pierre Cayol. L’intérêt, l’amour même que Cayol porte aux Indiens est indissociable de son regard de peintre sur la création. C’est que ces peuples, auxquels quatre toiles rendent explicitement Hommage, Pueblos, Apaches, Navajos, Hopis[3], apparaissent, à ses yeux, comme les héritiers des premiers matins du monde, dans leurs mythes et dans leurs rites, en proximité vibrante du mouvement réel de la création et des images par lesquelles cette création se dit[4]. Pierre Cayol en témoignant des mythes et des rites des Indiens s’inscrit lui-même dans le mouvement de leur genèse. Il se laisse traverser par le souffle invisible qui les porte. Le peintre déclare : « Quand je suis chez les Indiens, je crois ce qu’ils croient... »[5]. Cette adhésion artiste n’a rien d’une naïve croyance. C’est sa participation effective au mouvement du réel afin d’en perpétuer le souffle dans une affirmation indissociable de l’unité du monde et de ses différences irréductibles. C’est une croyance au monde et l’affirmation du puissant désir de l’expliquer, de l’aimer, de le partager. Un monde nécessairement divinisé par l’image... Car ce que les Indiens ont vu, voient et (peut-être) continuent à voir encore, comme à travers un nuage (celui de leur culture ou de leur imagination), c’est ce que le peintre lui-même s’efforce de comprendre et de voir : l’unité profonde de la Nature ; du monde et des choses ; du monde, des choses et de Dieu même présent en elles et par elles ; du monde, des choses et de Dieu qui les pense comme le peintre peut les penser, les imaginer et les sentir en participant de la création... Un grand philosophe du XVIIe siècle a écrit, à propos des anciens Hébreux, que certains semblent avoir vu « comme à travers un nuage » que Dieu, la pensée de Dieu et les choses engendrées, le monde même... « sont une seule et même chose »[6]. Et qu’ainsi, comme l’a enseigné plus tard [saint] Paul à la suite de « tous les philosophes anciens », « que toutes choses sont et se meuvent en Dieu »[7]. J’ai le sentiment que c’est cette vision et/ou cette intuition imaginante et fulgurante, qu’on peut nommer panthéiste, partagée par certains peuples anciens, que Pierre Cayol expérimente et éprouve auprès des Indiens. Et qu’il souhaite partager avec eux en peignant ce que les Indiens croient et ce qu’ils ont eux-mêmes déjà traduit en images : leur culture[8]. Tout en témoignant, pour nous, de ce partage qui est véritablement celui de « l’esprit ». Mais d’un esprit qui ne se sépare pas des corps quand il forme avec la « terre » matricielle une seule et même chose. C’est de cela dont nous parle indéfiniment la peinture de Pierre Cayol, de cette unité divinisée des choses et du monde, de leur genèse et de leur beauté. Et aussi de la nature nécessairement multiple et collective de la création et du créateur. Non pas « un » homme, « un » artiste et/ou « un » Dieu, mais la multitude d’un peuple, la puissance multiple des hommes et/ou de la Nature entière. La volonté d’ancrer sa propre pratique dans les pratiques du peuple indien dans ses différentes figures montre le refus d’une conception unitariste et individualiste de la création. L’art est dans et par les pratiques populaires. Croire avec les Indiens, créer dans leurs propres créations qui est celle d’un peuple et d’une culture « minoritaires », explorer leur panthéisme singulier et multiple, c’est explorer un temps de la création où l’art « séparé » n’existait pas mais seulement dans et par les « corps » du peuple, dans une complicité singulière (et pour nous perdue...) des corps et du monde[9]. La création est alors conçue comme cet immense processus sans principe ni fin qui nous a fait et que nous faisons (aussi minimale que soit notre part dans l’activité créatrice)... C’est dire que l’unité que nous offre la fixation de la peinture dans des instants fulgurants de plénitude, d’équilibre dynamique et de beauté, n’est unité que de ce qui ne cesse pourtant jamais d’être déséquilibres indéfiniment rattrapés, devenirs libres, multiples, populaires et divers... L’unité n’est donc pas nécessairement celle d’une simple harmonie. Ce que montre, de fait, la peinture moderne, disons depuis Cézanne. Et Cayol, fort de son expérience indienne, de se retourner sur les traces de la civilisation chrétienne. Quand malicieusement le peintre dit de son Annonciation (aux accents indiens)[10], « on ne sait pas comment ça s’est passé »[11], il souligne de fait l’énigme même de l’engendrement de la vie et de sa continuation indéfinie. C’est de l’énigme de « la » création (de « sa » propre création picturale aussi) dont il s’agit. Le tableau, qui inverse l’orientation habituelle des Annonciations de la Renaissance, montre la dimension corporelle, tactile (la main gauche de Dieu s’avançant vers le corps africain et plantureux de Marie) et finalement charnelle, et culturelle aussi, de la chose. Ici le Verbe s’est fait chair, comme dans l’acte de peindre.

Nous avons essentiellement souligné le consentement du peintre, son « oui » à la création. Celui-ci est pourtant inséparable d’un « non » aux figures mortifères de la laideur, de l’oppression et de la misère. La Pietà de Cayol[12] est un chef d’œuvre non-doloriste. C’est un cri de femme dans lequel se mêlent espérance et révolte contre la mort et peut-être contre le dolorisme même (celui qui a constitué l’axe majeur de l’histoire du christianisme et son nihilisme). Le début et la fin témoigne, en ce même sens, d’un épicurisme horacien certain[13].

La peinture de Pierre Cayol est « géométrique » au sens où sa filiation avec Cézanne et le cubisme est manifeste et demeure puissante et toujours effective. De ce point de vue, sa peinture opère bien, dans leur traitement même, une mondanisation des hommes et de leurs cultures. Mais c’est aussi pour ouvrir, dans l’amour, à une humanisation du monde. C’est, en ce sens aussi, une peinture libre et « imprévisible » car inscrite dans des processus inventifs de tissages, de collages et de métissages qui sont ceux-là mêmes de la productivité multiple du Réel et de ses rencontres. En deçà de la technique du peintre et des courants dans lesquels elle s’inscrit nécessairement, la peinture de Pierre Cayol manifeste la puissance de la vie du monde... au creuset d’une beauté qui est celle de l’acte même d’une création sans origine ni fin que la peinture indéfiniment perdure.

Laurent B0VE - Philosophe français, spécialiste de Spinoza, est professeur à l’université de Picardie Jules Verne. Ses recherches portent sur les domaines suivants : le spinozisme, les moralistes français (spécialement Vauvenargues), l’éthique et la politique à l’Âge classique, Albert Camus. Il publie régulièrement des articles dans la revue Multitudes. Il est aussi membre du comité de rédaction transnational de cette revue. Il contribue, avec Yves Citton et Frédéric Lordon, au projet de recherches spinozistes (un programme de recherche spinoziste en sciences sociales lancé en 2004 à travers la collection « Caute ! », dont il est l'un des co-directeurs.

[1] On peut écrire « Genèse » puisque deux tableaux, Genèse I (2009. Acrylique et sable sur toile, 60x60 cm), et Genèse II (idem), portent effectivement ce titre et que les quatre toiles d’Hommage aux peuples Pueblos, Apaches, Navajos et Hopis, ont chacun pour sujet le mythe de la Genèse chez ces différents peuples.

[2] Dans un dialogue avec le public lors de l’exposition Pierre Cayol. Un chemin de beauté, Pont-Saint-Esprit, 23 juin-16 septembre 2012, Musée d’art sacré du Gard.

[3] Hommage aux Pueblos, 2003 (Acrylique et sable sur toile, 120x120 cm), Hommage aux Apaches, 2003 (Acrylite sur toile, 120x120 cm), Hommage aux Navajos, 2000 (Acrylique et sable sur toile, 120x120 cm), Hommage aux Hopis, 2003 (Acrylique sur toile, 120x120cm).

[4] Cf. Dans le Premier Monde, 2010 (Acrylique et sable sur toile, 100x74 cm).

[5] Cf. note 2.

[6] Il s’agit de Spinoza, Éthique, partie II, scolie de la proposition 7.

[7] Spinoza, lettre 73 à Henri Oldenburg.

[8] Comme Pierre Cayol partageait, en 1970, la marche et le souffle du peuple Hébreu dans Terre promise (huile sur toile, 100x73 cm).

[9] Cf. Le temps retrouvé, 2009 (Acrylique et sable sur toile, 81x65 cm).

[10] Un ange est passé, 2012 (Acrylique et sable sur toile, 92x73 cm).

[11] Cf. note 2.

[12] Pietà, 2012 (Acrylique sur toile, 120x120 cm).

[13] Le début et la fin, 2009 (Acrylique sur toile, 81x65 cm).

 

 



CATALOGUE CAYOL
 

Galerie Atezart Avignon - Décembre 2013


Pierre Cayol

Né en 1939 à Salon de Provence, Pierre Cayol rencontre Marcel Féguide en 1956 et fait ses armes en peinture aux Arts Décoratifs de Grenoble. Il complètera sa formation par des cours d’esthétique aux Arts appliqués de Paris avant de suivre, dans la capitale, les cours des Beaux -Arts et de l’Académie Julian.

Chez Cayol, le dessin est la pierre angulaire d’une œuvre graphique qui démultiplie et hybride les techniques d’expression et les supports. Peindre est une manière de danser le monde, d’entrer en résonnance avec ses rythmes, d’ancrer ses formes dans l’espace, d’enraciner l’empire des signes. Le sable, sur la palette de l’artiste, se mêle à la peinture et le pinceau qui prolonge la main, laisse son empreinte sur le grain de peau de la Terre Mère.

Ami de la poésie et des vibrations subtiles, Pierre Cayol, en plus de son œuvre peint, collabore à des livres d’artistes et signe des gravures, pour illustrer l’univers de ses amis poètes. Peindre pour lui est en soi, un poème. Il s’agit tout ensemble de transcrire et d’inscrire un rêve dans l’espace-temps suspendu de la toile, d’y transmettre une vision, de faire un geste sacré.

Passionné par la culture amérindienne dont il s’imprègne lors de longs séjours chez les peuples Navajo, Apaches Hopi et Pueblo, Pierre Cayol est un voyageur entre-deux mondes. Son œuvre nourrie de déplacements du regard, de superpositions d’impressions, d’écritures palimpsestes, déroule toile après toile, un fil d’Ariane qui guide et saisit le regard dans un dédale de lignes de failles.

Invitant à la traversée du miroir, levant le voile des apparences, le peintre révèle la matière changeante et mutable du monde. Les paysages respirent et se déchirent comme les corps. Et selon les lois de l’analogie, les corps reposent dans le lit du tableau, lascifs, dans le drap d’un berceau originel. Les nus, par leur présence, débordent le cadre et s’étendent à la façon de paysages, ambrés, constitués de poussière d’étoile, luminescents comme un lait solide extrait de la voie lactée.

Peintre de l’au-delà des frontières, Cayol signe une œuvre dont le rayonnement outrepasse les celles de l’Hexagone (Suisse, Italie, Etats-Unis, Japon, Corée….).

 

 



NAVAJO MOUNTAIN CHAPTER HOUSE

From August 16th to the 30th 2014

"When beauty reveals itself, I retire to the source of my well-being; the force of life vibrates in me. Perceiving beauty is perceiving the very expression of the human being in oneself. It is as indispensable to me as the air I breathe. An acceptable explanation of the world is to be found where beauty, and preferably absolute beauty, appears. And here, when I am in Navajo Mountain, and specially in the place called Surprised Valley, my dreams of absolute coherence are satisfied. The harmony and the peace give me a feeling of eternity."

Pierre Cayol

Biography

Born in Salon-de-Provence – South of France - on 14 August 1939, Pierre Cayol studied art at the School of Decorative Arts of Grenoble, and at Jullian Academy in Paris.

Since 1965, he had Specific exhibitions in a number of France, including Paris (Drouant, Barlier, Amyot and Orenda Galleries), in Canada, Switzerland, South Korea, Germany, Lithuania, Belgium, the United States, Austria and Italy.

He is an associative member of the Autumn Salon of Paris since 1984.

He has works in the museums in France: Bagnols-sur-Cèze, Toulon, Sedan, Valréas, Uzès, Munich, Châteauneuf-le-Rouge (near to Aix-en-Provence), Salon-de-Provence and Lavérune (near to Montpellier).

The Japanese television (J.S.B. channel) did a film on his work in july 1991.

Pierre likes to do illustrations for French poets and writers: Marc Alyn, Jeannine Baude, Yves Berger, Francine Caron, Jehan Despert, Jean Joubert, Beatrice Libert, Joseph Pacini, Jean Rousselot, Nohad Salameh and Jacques Simonomis,Frédéric-Jacques Temple and the Natives Scott Momaday and Gerald Vizenor. He did three artists books with his wife. Marie wrote the poems and he made linocuts for Canyon de Chelly, The Chant of Naatsisààn, Rainbow Bridge.

He did sceneries for the Tavel School, the Saint-Jean School at Bagnols-sur-Cèze and shows of the group Ça Ira.

Pierre Cayol has a great love for North American Natives and regularly stays in Arizona and in New Mexico with the Navajos-Diné, Apaches, Hopis and Pueblos. He has come at Navajo Mountain since 1981, sharing time with the families Drake’s Graymountain’s, Navajo’s and Smallcanyon’s.

At the chapter house he displays drawings and sketches he made on the motif. Marie shows pictures of their friends.

Pierre and Marie Cayol are living in Tavel, a village in the south of France.

 

 



Communiqué de presse

Nos Méditerranées - From Mediterranea With Love

Du 8 octobre au 9 novembre 2014

Galerie ORENDA 
54 rue de Verneuil , 75007
Paris

 

Mosaïque de toutes les couleurs, la Méditerranée a été une source infinie d’inspiration pour les artistes. La Galerie ORENDA propose, du 9 octobre au 7 novembre, un regard pluriel sur les lumières méditerranéennes, en proposant une invitation au voyage sur les terres natales de trois maîtres contemporains de la couleur, fortement attachés à leurs identités régionales: Pierre Cayol (Provence) Gabriele Poli (Ligurie), et Toussaint Mufraggi (Corse).


L’exposition s’inscrit librement entre figuration et abstraction. En réunissant trois artistes au delà des frontières nationales ou insulaires, la galerie met l’accent sur la diversité des techniques, des palettes et des univers picturaux. Ces trois artistes, autochtones de Nos Méditerranées, sont inspirés par l’intensité des paysages de leur région, la force de sa lumière, sa rudesse comme ses langueurs. Ils peignent non seulement le littoral mais aussi l’arrière pays. Pour eux le Sud n’est pas une révélation, comme pour les artistes venus du Nord. C’est une évidence, une source.

Cayol, fier de ses racines provençales mais aussi « fou d’Amérique », fin connaisseur du Sud-Ouest américain et de la cosmologie amérindienne, est un amateur de déserts et de roches. Il revient dans cette exposition à ses racines, à son paysage familial. Il peint la terre plus que la mer. La Haute Provence, les Alpilles, les sédimentations, les strates, les vibrations du sol, dans un camaïeu de gris bleutés accentués par la délicatesse des beiges et des traversées de coulées noires ou d’éclats de bleu lavande. Avec cette matière feuilletée, ces compositions de couleurs fines, transparentes, il exprime sa vénération pour la terre-mère et sa genèse, sa fascination pour le minéral. Mais l’un des plus beaux tableaux de l’exposition est sa représentation du port de Sète, ses mats et ses voiles épurés, transfigurés, surplombant l’ocre des profondeurs du rivage.

Les toiles de Toussaint Mufraggi sont une célébration de la splendeur de son île, une affirmation de son identité. Il est un locuteur militant de la langue corse et quitte difficilement le littoral de splendeur où il a son studio, non loin d’Ajaccio. Ses toiles sont gorgées de soleil, de contrastes entre jaunes d’or et noirs, entre le « rayonnement de souffre pâle du soleil », cher à Van Gogh, et les ocres sombres. Par la juxtaposition de formes géométriques qui s’imbriquent les unes dans les autres, il laisse deviner, à la Nicolas de Staël, des bribes d’architectures ou des reflets de rivages. Il compose des toiles qui confinent à l’abstraction. L’espace n’y est que partiellement occupé par la matière picturale, qu’il dispose presque en apesanteur sur des fonds clairs. Ainsi l’intensité de la matière se trouve dotée d’une respiration particulière et la représentation du monde par l’artiste devient une sorte de rêve éveillé, une architecture colorée en mouvement.

Le plus enclin à l’abstraction pure est l’Italien Gabriele Poli, qui joue habilement sur la fluidité ou l’épaisseur de la matière. Ses compositions alternent entre pleins et déliés, épaisseurs et opalescences, transparences et empâtements. Cette matière riche, stratifiée puis étalée, étirée en élans lyriques, compose des paysages imaginaires. Avec Gabriele Poli la toile devient épiderme, la matière en mouvement évoque tant un paysage transfiguré que les vibrations de la vie intérieure.

Au delà du « grand émerveillement pour le Sud », évoqué par Matisse, ressenti par tous les visiteurs éphémères du pourtour méditerranéen, c’est leur paysage intérieur que nous révèlent ces artistes. Loin du pittoresque des rivages touristiques, ils explorent leurs racines et nous révèlent la force de leur appartenance au sol qui les a vu naître en nous invitant à en déceler, derrière la lumière aveuglante, les ombres ou les mystères, à y trouver des correspondances intimes, des résonances inattendues, des nostalgies ou des enchantements.

www.orenda-art.com
Tel : 01 49 36 90 09 - mobile : 06 73 79 45 18

 

 



TEXTE D'ALICE-CATHERINE CARLS

POUR LA REMISE DU PRIX JEAN-LOUIS FORAIN

AU CÉNACLE EUROPÉEN À PARIS LE 11 JUIN 2016

 

Artiste peintre, illustrateur, Pierre Cayol attend que vous alliez à sa rencontre. Allez sur son site, ses oeuvres vous y accueilleront avec chaleur. Si vous désirez voir ses oeuvres exposées, rendez vous à la Galerie Orenda, 54 rue de Verneuil. Pierre Cayol expose beaucoup, notamment comme invité d’honneur en France, Belgique, Suisse, Autriche, Italie, et Espagne, ainsi qu’aux Etats-Unis et au Japon. Ses oeuvres figurent dans plusieurs musées et il est Sociétaire du Salon d’Automne de Paris depuis 1984. Si vous désirez visiter son atelier, vous devrez vous rendre à Tavel où il œuvre depuis 1968. Il est Provençal, européen, et citoyen du monde.

Pierre Cayol fut formé à l'École nationale des Arts Décoratifs de Grenoble et à l'Académie Jullian de Paris. Puis il travailla sous les conseils de Marcel Féguide, peintre et pastelliste lui aussi amoureux de la Provence et grand voyageur. En effet, on retrouve dans les oeuvres de Pierre Cayol comme un écho des techniques de Marcel Féguide, tels l’ampleur des paysages, la quasi-transparence des couleurs qui leur donne une mouvance particulière, la juxtaposition des plans, la connaissance des symboles, et la précision du dessin. L’oeuvre de Pierre Cayol est ample et féconde, généreuse et sobre; elle est un véritable plaisir pour les yeux et pour l’âme. Outre ses nombreux tableaux, il travaille en collaboration avec des poètes. Il a ainsi produit 19 livres d’artiste, dont l’ouvrage qui a été nommé pour ce prix, une sélection de haikus par le poète américain Anishinaabe Gerald Vizenor intitulée Calm in the Storm / Accalmie (2015). Parmi les auteurs qu’il a illustrés se trouvent son épouse Marie, Marc Alyn, Joseph Pacini, Béatrice Libert, et Nohad Salameh. Pierre Cayol a également exécuté quatre décors pour le groupe théâtral “Ça ira” (nom révolutionnaire par excellence).

Ce qui frappe tout d’abord dans ses tableaux, ce sont les correspondances des thèmes d’un médium à l’autre. Comme si d’infinies variations tissaient des réponses, en une longue méditation créatrice qui en ajusterait toutes les parties. Pierre Cayol nous dit ce qu’il aime: les décors et les corps, et comment il les aime. Ses paysages et ses intérieurs sont des parures royales, l’une naturelle, l’autre humaine. Au centre se trouve le corps féminin nu. Ces thèmes qui célèbrent la beauté essentielle du monde permettent d’entrer immédiatement dans l’oeuvre grâce à l’émotion. Émotion tout de suite mitigée par l’esprit qui s’applique à déchiffrer la géométrie des tableaux et leurs significations étagées dans les formes et imbriquées dans les couleurs. La règle corrige l’émotion et l’émotion corrige la règle, disait George Braque. Cette oscillation de l’esprit invite le spectateur à cheminer vers l’infini de l’existence. Pierre Cayol s’exprime du reste “avec beaucoup de dessin et peu de couleurs,” comme le disait van Gogh qu’il aime citer. Ses toiles sont ordre, harmonie, et durée. Le romancier et poète Jean Joubert voyait dans ses toiles un “air de bonheur” et l’appelait un “poète de la peinture.”

Poète de la nature: voici des paysages ouverts et d’immenses plaines qui font contrepoint aux Alpilles de Provence et aux canyons du sud-ouest américain, notamment le Canyon de Chelly en Arizona, spectaculaire demeure de la nation Navajo. Ces monuments du royaume minéral sont déclinés en pastels, huiles, aquarelles, et acryliques, et en gravures pour les poèmes de Francine Caron et de Marie Cayol. Les camaïeux des couleurs rehaussent le trait libérateur qui souligne le mouvement immobile de la pierre. Poète des intérieurs: voici des chambres, tables, et natures mortes qui reflètent elles aussi un équilibre aux aguets, une sensibilité tranquille toujours prête à détecter les résonances multiples entre la nature et l’homme. Les symboles s’y accumulent – tissus fleuris, cigales bleues, poupées Kachina, pétroglyphes, oiseau peyotl, et tortues. Que ce soit par la couleur, le trait, ou le symbole, Pierre Cayol fait vibrer le temps et y inscrit la vie.

On ne saurait clore cette présentation sans évoquer, de façon intuitiste et rapide, d’autres aspects marquants. Les bleus de l’ “Hommage à Van Gogh” sont d’une douceur exquise. Les nus chantent le féminin. La géométrie des formes et la fierté des cambrures indiquent la sérénité de corps porteurs de vie. Puis il y a les ensembles : hommage aux quatre mondes, un ensemble de toiles mystérieuses et solennelles, tout comme les quatre acryliques bibliques – la Genèse , Piéta, la vision d’Ézéchiel, et ce que j’interprète comme l’Annonciation et qui s’intitule “Un ange est passé.” “Le Cirque” renvoie à un Chagall qui aurait appris la géométrie euclidienne, et à un Klee débarrassé de sa raideur. Univers magique, la peinture de Pierre Cayol nous réconcilie au sacré en nous ancrant dans le réel.

Alice-Catherine CARLS


 

 

INTERVIEW DE BERNARD CAUSSE AVEC PIERRE CAYOL

 

SUR   RCF   VAUCLUSE  16  JANVIER 2017

 

 

Bonjour chers auditeurs, j’ai le grand plaisir de recevoir ce soir dans LUCARTNE, Pierre CAYOL, artiste peintre vivant à Tavel.

Pierre CAYOL a consacré sa vie entière à son art qui est d’une très grande profondeur car il s’agit d’une « méditation sur les origines » comme l’écrit son ami philosophe, Laurent BOVE. En effet, l’œuvre de Pierre Cayol est une tentative pour comprendre l’essentiel. Il porte en lui « la mémoire d’une genèse » comme le dit le conservateur Alain GIRARD. Quatre de ses toiles peintes en 2010 ont été baptisées ainsi.

 

Bernard CAUSSE : - Bonsoir Pierre CAYOL, cette rigueur qui se dégage de vos œuvres jusqu’à l’austérité, votre attirance pour la pierre, ce qui est net et dur, c’est pour vous, semble-t-il, comme le précise Laurent BOVE « tenter de saisir comment ce monde se dit dans le mouvement même de sa gestation, de sa génération, de sa création ».

 

Pierre CAYOL : - Eh bien la réponse, se trouve dans votre question. Les ensembles rocheux me fascinent. J’y cherche les traces qui témoignent du temps de leur création, - « des temps » - , et cela va de soi, car cette « fabrication » du monde ne s’est pas faite en  un instant. De même que ce chemin qui est devenu le mien, ma recherche, ne s’est pas fait en un jour. Il y a le temps des apprentissages et des influences, même s’il faut toujours apprendre et espérer d’heureuses influences ce qui, d’ailleurs, maintient le désir.

Nous ne voyons pas toujours tout ce que nous disons dans notre peinture et souvent, ce sont des amis proches, des poètes, un philosophe, la personne qui partage votre vie, qui nous dévoilent, nous aident à reconnaître des sens, des directions…

Il est vrai que toutes ces strates, ces lignes de faille, ces cassures, ces griffures, ces stries que je récolte dans mes dessins constituent un langage qui me permet de raconter le monde.

 

Bernard CAUSSE – La rigueur minérale, vous la retrouvez sous des formes différentes dans deux endroits du monde : d’une part, en Provence, et plus particulièrement dans les Alpilles ; d’autre part, dans l’Ouest américain, c’est-à-dire ce que l’on nomme le Grand Plateau du Colorado qui inclut une partie de l’Utah, l’Arizona et le Nouveau-Mexique.

Vous dites que la Provence est simple dans sa couleur, et qu’il faut en maîtriser la forme, tandis que le Sud-ouest américain est simple dans sa forme et il faut en maîtriser la couleur.

Dans cet autoportrait que vous avez peint en 2002, il me semble que vous êtes vraiment l’Homme de ces deux univers ; en arrière-fond, nous devinons le bleu gris des Alpilles tourmentées et le rouge des massifs tabulaires de l’Arizona.

 

Pierre CAYOL – Oui, j’aime sans partage ces deux régions : la Provence, qui est le pays de mon enfance et de ma vie tout simplement, j’y suis profondément attaché. Le deuxième fut le pays de mes rêves, ce qu’il est resté, tout en étant devenu réellement mon deuxième pays et ceux qui y vivent une deuxième famille. Je veux parler des Indiens : Navajos, Hopis, Apaches et Pueblos.

Le relief provençal est très disloqué, chaotique, ça éclate et c’est tout un travail de reconstruction qui s’impose au peintre. La couleur est simple, des blancs et des gris colorés, n’en déplaise à ceux qui le voient de toutes les couleurs…Là-bas, c’est la stabilité avec les plateaux, les mesas ; le paysage est, en général, tabulaire, imposant, majestueux, inébranlable et c’est la couleur qui est plus difficile avec toute une gamme d’ocres, des plus clairs aux plus foncés en passant par des orangés rougeoyants.

 

Bernard CAUSSE – Les natures mortes occupent une place non négligeable dans votre œuvre. Vous dites que la nature morte est vraiment le lieu de la recherche, de la découverte, le plaisir de trouver. Mais ici encore, la pierre n’est pas absente notamment dans les tissus que vous représentez, qui,  dites-vous, se présentent comme des ensembles rocheux avec les mêmes structures : arêtes, lignes de crêtes, aplombs, crevasses… Ici encore nous retrouvons la rigueur réduite à l’essentiel.

 

Pierre CAYOL – Il peut m’arriver encore de peindre des natures mortes, bien que je peigne moins de sujets aussi distinctement reconnaissables. Mais, rien de tel pour apprendre à composer, développer un espace, construire, équilibrer… C’est un vrai laboratoire. C’est extrêmement important pour moi car c’est, en vérité, le plaisir de la construction et de l’équilibre qui me permet de soutenir ce que je veux montrer.

C’est grâce à la nature morte que Georges Braque devient très important pour moi car il a eu le souci, avec le cubisme, de montrer ce qu’il a peint selon plusieurs points de vue ; il a insisté sur la forme qui existe entre les objets et dont le découpage, l’aspect doit être également intéressant et faire partie intégrante de l’harmonie. C’est Georges Braque qui a dit : « J’aime l’émotion qui corrige la règle, j’aime la règle qui corrige l’émotion ». Ce n’est pas rien !

 

Bernard CAUSSE – Votre peinture ne représente pas toujours le minéral. Il y a aussi vos nus tout en rondeurs, en sensualité, en féminité. Votre Provence calviniste ou janséniste qu’évoque l’écrivain Yves BERGER concernant votre œuvre laisse la place ici à la « sérénité de corps porteurs de vie » comme l’exprime Alice-Catherine CARLS. Mais ici encore, les corps semblent avoir la fermeté et la rigueur géométrique de la pierre.

 

Pierre CAYOL – Épisodiquement, j’ai travaillé autour du corps féminin. Il y  a un peintre qui m’a beaucoup appris, que j’ai beaucoup aimé et à qui j’ai toujours montré tout mon travail jusqu’à sa disparition en 1968 : Marcel Féguide ; le premier peintre venu s’installer à Eygalières. Il me disait souvent : « Quand on sait dessiner ou peindre un nu, on sait tout peindre ».

J’aime montrer les corps sans visages, ce sont pour moi, deux mondes différents ; dans les nus allongés, debout ou s’entrelaçant, on rencontre les mêmes reliefs et les mêmes dépressions que dans la nature. Le corps d’une femme n’est-il pas parmi les plus beaux paysages qui soient ?

Le cubisme qui a été une des influences les plus profondes que j’ai reçues avec bonheur, m’a énormément aidé à apprécier et exprimer le nu.

 

Bernard CAUSSE – Je voudrais enfin venir à l’amour que vous portez pour les Indiens. Laurent BOVE écrit qu’il est indissociable du regard de peintre que vous portez sur la création. Je pense aux quatre grandes toiles que vous avez peintes en hommage aux Pueblos, aux Apaches, aux Navajos et aux Hopis.

Pierre CAYOL – Oui, le monde indien du Sud-ouest fait partie de ma vie. Je précise du Sud-ouest car ce sont les ethnies que nous connaissons le mieux, mon épouse et moi. J’ai une sorte de relation avec eux depuis l’enfance que je ne saurais pas vous expliquer. Longtemps, j’en ai rêvé, puis je les ai rencontrés ; je les aime, je suis bien avec eux. Nous avons la chance d’aller souvent là-bas. Leur culture, leur philosophie, leur façon de croire et de voir ont influencé ma vie et par là, ma peinture et ce que je cherche ; une description du monde ou l’un des aspects du monde.

Appartenir au monde, être connecté à lui comme on peut le dire aujourd’hui, et non être quelque  chose à part ou « en trop dans la nature » comme l’a dit le poète Francis Ponge dans « L’hommage à la nature morte de Chardin », qui est, je le signale en passant, une merveilleuse explication de ce qu’est la nature morte.

 

Bernard CAUSSE – Pierre CAYOL, pour terminer cet interview et afin que nos auditeurs puissent se représenter votre peinture, j’ai envie de revenir sur les peintres qui vous ont le plus influencé à savoir CÉZANNE et les cubistes dont tout particulièrement Georges BRAQUE.

Je pense certes aux paysages et aux natures mortes, dont « Nature morte au violoncelle », mais encore aux tableaux faits de collages dont « Navajo Times ».

 

Pierre CAYOL – Il y a CÉZANNE, bien sur, mais aussi BONNARD et VUILLARD, les cubistes avec Juan GRIS en particulier et Georges BRAQUE qui est un des peintres que j’aime le plus et qui m’apprend toujours beaucoup. Paolo UCELLO que j’étudie en ce moment par le biais d’une sorte de copie… Ruffino TAMAYO, un des plus grands peintres mexicains dont je déplore l’absence dans les musées français…

Un grand peintre également comme Alfred MANESSIER dont l’abstraction m’a toujours intéressé et dont je déplore aussi la quasi disparition dans nos mémoires… Les collages des cubistes ; on ne peut oublier PICASSO, qui, à mon avis, a fait beaucoup mieux et beaucoup plus que DUCHAMP. Tous ces artistes et mouvements m’ont nourri et me nourrissent. J’accorde aussi beaucoup de temps au dessin et je grave avec beaucoup de plaisir, il faut le dire.

J’ai essayé de dire quel était mon souci, mon chemin. Ce qui m’importe c’est que la beauté soit au rendez-vous. J’y crois. C’est l’essentiel de mon désir. Je crois que la beauté, elle existe comme l’air que nous  respirons. Nous, les artistes, nous avons à concevoir et à réaliser un nid, un abri, une demeure suffisamment solide qui puisse lui plaire afin qu’elle vienne s’y poser. Et pour saluer les auditeurs, cette citation du poète BORGES, une des plus belles définitions de l’art que je connaisse : « Il faut faire de l’art avec le sérieux des enfants qui jouent ».

 

 

Pour l'exposition à la Librairie Le Chant de la Terre

16 Rue Jolio Curie - Pont-Saint-Esprit

 

PIERRE CAYOL : Instants mosaïqués

 

 

         L’art de tous les temps, quelle qu’en soit la technique et quel qu’en ait été le style, n’a-t-il pas toujours voulu fixer un instant du monde visible ou invisible ?

        

C’est dans l’art des Indiens qu’aura puisé Pierre Cayol pour construire son œuvre, art dont il fait la synthèse sous forme d’instants mosaïqués en des contrepoints vivement rythmés. En effet, par leurs compositions cloisonnées, (on pense ici aussi aux émaux ou aux vitraux) ses œuvres récentes ressemblent à des puzzles où se trouvent réunies en un même espace différentes formes de langages qui sont, pour la plupart des langages de signes où l’abstraction n’est pas un but mais une façon de s’exprimer, un moyen pour communiquer, pour émettre des messages, signes transmis de générations en générations et qui constituent une part importante du patrimoine culturel des Indiens, signes que Pierre Cayol juxtapose et imbrique les uns dans les autres en une sorte de fresque, faisant alterner des formes géométriques en damiers plutôt statiques, avec le dynamisme de séquences curvilignes, alliant le profane et le sacré dans un regard qui sait conjuguer emprunts et invention, attachement à des repères et liberté créatrice pour faire passer l’âme d’un peuple dans son œuvre. Pour cela, Pierre Cayol accorde à la ligne une importance capitale, qu’elle serve à structurer ses tableaux ou à délimiter les motifs qui les habitent, car la ligne a, pour lui, un incomparable pouvoir constructif.  Quant à la couleur, elle est, selon Pierre Cayol, à l’exemple de Georges Braque, somme toute, relativement secondaire. Néanmoins, même si elle ne joue pas, pour lui, un rôle primordial, nous constatons qu’elle est extrêmement vivante pour diverses raisons. D’abord par l’étendue de sa palette et par ses changements de registre qui vont de la retenue à l’affirmation, de la discrétion à la plénitude avec des champs de vision qui interfèrent ou s’entrecroisent. Ensuite, parce que, transposée dans l’espace pictural, elle est celle des tissus, des vêtements, des étoffes, des tipis des Indiens, couleurs ancrées dans leur existence quotidienne, couleurs tout à la fois décoratives et symboliques. Enfin parce qu’elles sont aussi le reflet ou la rémanence du milieu naturel où vivent les Indiens en osmose avec le paysage, mais aussi avec les cycles, les lois, les forces du ciel et de la terre au rythme des saisons. Couleurs dont Pierre Cayol sait harmonieusement faire varier l’intensité, du clair à l’obscur, de l’animation au repos, jusqu’à une profondeur méditative. Les œuvres de Pierre Cayol nous donnent là une véritable leçon de modulations colorées en jouant également sur les surfaces où signes et symboles, en écho, se répondent dans une séduisante arabesque.

        

À ce titre n’est-il pas le porte-étendard occidental des Indiens auprès desquels il aime tant vivre ? En plus de la complexité de la composition de ses œuvres et de leur richesse chromatique, Pierre Cayol rend un hommage appuyé à une civilisation fidèle à ses racines.

 

                                                              Jean-Pierre Geay         Janvier 2019

Sur une MÉDITATION PUEBLO … DE CAYOL

 

L’HARMONIE… de l’Oiseau

d’envol secret

dans le corps d’un tableau

entre toutes cellules

comme si les Humains portaient …

cygne noir dans leur sang

s’apprêtaient

à lever leurs ailes

 

= Au sein du vol / s’élève un champ =

 

La DENSITÉ légère

est émail champlevé

                         de rouille claire

Le flot de vie s’écoule

sous les arches

et la Roue s’impatiente à peine

- un battement de cil –

 

= Au long du temps / qui serait couple =

 

La PURETÉ parfaite

- danse des courbes –

comme d’organes près

d’un Cœur

               BATTANT
vers qui convergent tous tissus

Vers qui converg(ent) toute Issue  ( !),

Sources ignées

Volontés douces

 

= Au creux du sens / flambe le Chant =

 

Francine Caron  - 18 X 2018

 

 

 

 

 

 

 

WORLD  LITERATURE  TODAY

 

Forging Friendships, Building Families: Pierre and Marie Cayol’s Odyssey with Native Americans

March 21, 2019

by Alice-Catherine Carls

 

 

To know Pierre and Marie Cayol is to enter an immediate circle of friendship that reaches far and wide and represents a towering monument of achievements, ties, and ever-widening albeit discrete cultural influence. Sharing is the main imperative of this circle that is held together by the quality of Pierre and Marie’s work. Operating outside the Paris pressure cooker, they have patiently and indefatigably carved a creative universe that reflect their love for each other and for their work. They take the time to practice art as an extension of life, and life as an extension of art. To share their world is to discover their multiple cultural layers. The generosity of their presence in the region of Vaucluse-Gard and Camargue has created a nucleus of cultural exchanges that attracts connoisseurs from all over the world.

Pierre Cayol is a painter and engraver. After graduating from the École Nationale des Arts Décoratifs in Grenoble and the Académie Jullian in Paris, he studied under painter and pastellist Marcel Féguide (1890–1968), a great traveler in love with Provence and heir to the Romantics and Impressionists. Féguide became Pierre’s master teacher and mentor and taught him the vastness of landscapes and the quasitransparency of colors that seem to move across the canvas, the juxtaposition of planes, the knowledge of symbols, and the precision of the drawing.

As a painter, Pierre has quite a pedigree. He and Marie made their home in Tavel near Avignon in 1968, where they still live and work. He has shown his work numerous times in France and abroad (Belgium, US, Switzerland, Austria, Italy, Spain, Korea, Japan). Several of his works have been acquired by museums, and he has been Sociétaire du Salon d’Automne de Paris since 1984. For almost fifty years, he traveled almost every year to the American Southwest where, thanks to his Navajo, Apache, Hopi, and Pueblo friends, he learned Native American thought, mythology, symbols, and philosophy whose influence on his work have grown considerably. He has also produced stage decors for several plays that denote his talent for broad frescoes. As an engraver, Pierre is a master lithographer whose workshops have a solid reputation. This activity constitutes an important part of his activities, for he has illustrated over twenty livres d’artiste, which are collectors’ items.

Among the poets whose books he has illustrated are Francine Caron, Marie Cayol, Jean Joubert, the Belgian poet Béatrice Libert, Marc Alyn and his wife, Nohad Salameh, and Joseph Pacini. Pierre uses mostly linocuts but also etchings. Recently, he started illustrating bilingual selections by Native American poets, notably Gerald Vizenor, Scott Momaday, and Ofelia Zepeda.[i] His latest project involves illustrating seven Navajo songs of the night in a bilingual edition; the French text will be in the translation of Frédéric Jacques Temple, an almost centenarian French poet, translator, and writer born in Montpellier, and a lifelong friend of the Native American communities near Santa Fe and Tesuque Pueblo.[ii] While working in Arizona in the summer of 2018 on illustrating one of the poems, the Song of the Hogan, Pierre was invited to a puberty rite called Kinaalda, during which the Hogan Song was performed. Serendipity gave Pierre the perfect alliance between language, music, and visual representation.

 

Marie graduated from the University of Aix-en-Provence and taught French literature until 2003. Since then, her creative writing, photography, and administrative work in support of her and Pierre’s cultural initiatives have taken front row, strengthening the unique bond that the two formed early in their life together. She has written several volumes of poetry, one volume of short stories, and four “ethnographic” travel books. She is also a regular contributor to the poetry review La Main millénaire, edited by Jean-Pierre Védrines in Lunel. She is the soul of Indianités and its main writer and editor. Pierre is working on illustrating a new volume of her poems entitled Dinétah—In Navajo Land, which will appear in 2019.

Their home in Tavel has been in Marie’s family since 1800. In the garden grow a centenary olive tree and a mess of flowers, many inherited from her mother, as we see in her poem “To My Mother”:

Soft, the mauve and yellow columbines under her caressing fingers.
Heady, the fragrance of the lilies she offered to the Virgin Mary
in the niche by the garden gate.

Indefatigable, Mother devoted
every day to improve this little paradise
where cosmos, hollyhock, snapdragons freely
mingled with sweet peas and sweet williams.
Tirelessly deferring happiness
with an abundance of flowers,
those creations of nature
made to adorn the heart.

She loved them all, bestowed special care upon each.
Protected begonias and hydrangeas from the assaulting sun,
made sure that impatiens and phlox stayed fresh,
and fingered aphids off the China pinks.

Through the years, Pierre and Marie have nurtured lifelong “elective affinities” with Native peoples of the Southwest.

Since the 1970s, Pierre and Marie have spent several weeks with members of the Hopi, Navajo, Pueblo, and Apache communities in Arizona and New Mexico. As their friendships expanded, they also traveled to Montana, Wyoming, South Dakota, Minnesota, and Tennessee, even to Chile in 1997, where they met members of the Mapuche community. In December 1997 they founded a cultural association named “Indianités” and started publishing travelogues called “Indianités—De pierre et de sable.” Issued in about one hundred copies at the rate of one or two a year, the twenty-eight volumes of the journals have the weightiness of time accumulated, layers of knowledge that sustain and explain Pierre’s work as a painter and give a first audience to Marie’s literary and pictographic talent. Through the years, Pierre and Marie have nurtured lifelong “elective affinities” with Native peoples of the Southwest.

 

A Sunrise Ceremony at Fort Apache, Arizona. Moneek faces east toward the rising sun and dances on her knees in front of the singers as her godmother offers prayers behind her. She becomes an incarnation of Changing Woman, the First Lady and mother of her people. She is believed to take on the powers of that figure. / Photo by Marie Cayol

The travelogues are written by Pierre and Marie and occasionally by their sons, Blaise the basket weaver and Mathieu the flute player. All four have a unique kinship with the Hopi, Navajo, Pueblo, and Apache people, having gained their trust and friendship. Their blogs are a chronicle of Native American peoples, a rare narrative that reaches beyond the landscape, fauna, flora, villages, architecture, sacred ceremonies, and rock paintings to celebrate Native American artists and the lives of farmers and citizens, describing such ordinary tasks as cooking, planting, or fashion as works of art and sacred tasks. They interpret hogans, peyotl, medicine rituals, pueblos, and introduce Native vocabulary. They are also attuned to the history of Native American peoples. Their narratives, photographs, and paintings take their audience into a very ancient past. And yet they never omit to discuss the changes introduced by the Europeans in the lives of Native peoples.Getting closer to the earth, which is how Blaise defines his basket-weaving activities, is a powerful theme that runs through the Cayol family.[iii] Through his mastery of a traditional folkloric art, Blaise stays close to the people. When they travel to Arizona and New Mexico, it is primarily for Pierre to explore his passion for these landscapes “of stone and sand.” Marie, meanwhile, befriends poets and writers, and Blaise sells his work at the International Folk Art Market in Santa Fe and participates in other basket weaving events. While they visit the best-known tourist destinations, they also befriend local people and have reached a level of knowledge of Native Americans that few westerners possess.

It all started with Pierre’s childhood fascination with the landscapes of the Southwest that remind him of the Alpilles massif of his native Salon-de-Provence. One of Pierre’s biggest fascinations is Navajo Mountain and its famous Rainbow Bridge. Pierre and Marie also favor the Canyon de Chelly and have visited the archaeological sites of Betatakin in Arizona, Mesa Verde in Colorado, and Chaco Canyon in New Mexico. They have met artists, writers in Tucson, Phoenix, Santa Fe, Flagstaff, and Boulder; these include Allan Houser, Apache sculptor; Melanie Yazzie, Navajo painter; Scott Momaday, Kiowa writer and painter; Anishinaabe writer Gerald Vizenor, whom they met in 2008; and Ofelia Zepeda, poet, writer, and academic, whom they met in 2014. Their contacts also include academics such as Marta Austin and Mary Washburn.

The historical friendships between Native American and southern French people is rich and storied, although not well known. Pierre himself during his youth often participated in the Camargue’s horse games. There, he learned about a colorful character, Folco, Marquis de Baroncelli (1869–1943). A disciple of Frédéric Mistral, the marquis specialized in raising purebred bulls and created the Manado Santenco (Holy Herd) in Saintes-Marie-de-le-Mer. In 1905, on the road to Arles, Folco met Oglala Lakota Indians from the Pine Ridge Reservation who were a part of Buffalo Bill’s Wild West show..

That same year, through his actor and regisseur friend Joe Hamman (1883–1974), he met William Frederick “Buffalo Bill” Cody (1846–1917). After 1909, the marquis loaned to Joe Hamman his guardians and bulls for his movies. And that is how the first westerns ever filmed were made in the Camargue. Joe Hamman played in ten films in 1909 alone, including The Vulture of the Sierra (three short movies), A Mexican Drama, and The Horseshoe. He also directed three short movies in which he played, The Desperado (1907), Drama in the Far West (1909), and The Adventures of Buffalo Bill (1909).

To say that Wild West themes were popular in Europe at the turn of the century is an understatement. After 1906, however, Cody returned to the United States for the last time. Folco “could not resist the thought of seeing his Indian friends one last time. As the boat unmoored, Jacob White Eyes, whom he had befriended, threw him a parcel that contained a beautiful Indian Chief headdress that has been preserved ever since at the Simbèu at Saintes-Maries-de-la-Mer.”[iv] Thus, through what Pierre Cayol calls “a quasi-mythical gesture,” were born the first ties between “two populations that feel very close to the land of their ancestors and Mother Earth,” ties that have remained strong for over a century.[v]

Pierre’s fascination with Wild West landscapes began with the Cémoi chocolate images that he collected when he was five.[vi] This fascination is related by Joseph Pacini in his study of Pierre’s work.[vii] Marie wrote about it in a lightly disguised story entitled “The Last of the Mohicans,”[viii] in which a little boy from southern France collects the pictures that were packed between the outside chocolate tablet paper wrapper and the inside chocolate silver foil. The pictures Pierre glued into an album told the story of the last of the Mohicans. Indeed, James Fenimore Cooper’s novel was popular among the youth of World War II. Pierre dropped the album on his way to an air raid shelter during an alert in the fall of 1944; a US bombing raid destroyed it. Many years later, Pierre told that Hopi kivas to him felt like the shelter provided by his farmer friends during the aerial bombardments of the last year of the war.

This episode is an example of a palimpsestic construct between the landscapes and cultures of Provence and the American Southwest. These include his awareness of the similarities between his native landscapes and the Arizona canyons, and of the ties between the Camargue and Native American horse culture. At the origin of this palimpsest lies yet another major childhood influence. When he was seven or eight, Pierre became fascinated with German Romantic painter Albert Bierstadt’s The Rocky Mountains, Lander’s Peak.[ix] To Pierre, this painting symbolized serenity and happiness. Thus began a connection between Romantic landscape painting, the Impressionists, and the National Parks and environmental movements that would shape Pierre’s entire work. Eventually, this love—Pierre’s search for plenitude and serenity—flowed naturally to Marie and to their two sons who shared their travel adventures while growing up.

Marie defines her discovery of Native American traditions and thinking patterns in a short story entitled “Les Roses de Taos.”[x] Describing her first impressions of the Taos pueblo, she acknowledges Native American thought as “conveyed through symbols” rather than by linear and abstract Cartesian concepts. She immediately related to the Native American association of reality and the imaginary, and she found a kindred demarche in its affirmation that art is inseparable from life, life inseparable from the landscapes in which it gets organized. With a sense of color and volume that shows her artistic temperament, she describes the Southwest as a blueprint where nature teaches man wisdom.

Another element that she discovered and appreciates is the respect for food, seen as an exchange between humans and nature, in which humans give a gift back each time they take something from the earth. In all her writings, Marie gives great attention to Southwest Native Americans’ food organization and production. Her concern is echoed by her son Blaise, who states that baskets were the earliest form of survival, the first food storage system: no food supplies, no human life. Basket-weaving for him has a spiritual dimension as well; the flat baskets remind one of the flat disk of the earth and the peoples’ migration from the Place of Origin, yet they also remind one of the sky. Creation, evolution, and humankind evoke the earth-sky relationship, the initial and the final, the informal and the formal, the hidden and the visible. The link between sky and earth must be acknowledged so that the sky will fecund nature and humankind in a new cycle. To weave is to pray, to send a spiritual message, to send forth one’s hopes and wishes and dreams, and to exorcise one’s fears and doubts.[xi]

The Cayol family’s love for and understanding of the culture of the people of the US Southwest has created not only an ever-widening circle of friendships but a tightly-woven circle of creation within the family. In a story entitled “The Pearled Barrette,” a young researcher, Brenda, attends a Roma festival in Camargue, a region known for its pink flamingos, wild horses, and flamenco songs. This is the disguised version of a true story, namely that of the encounter of Blaise and Mathieu with Colorado ethnomusicologist Brenda Romero, which led to a lifelong friendship with the Cayol family. Perhaps these affinities can best be summed up by Marie’s belief that “sometimes fated events in life resemble appointments. . .” This encounter, which was first narrated by Blaise in Indianités and then developed by Marie into a semifictional story, shows the long maturation process of shared and cross-referenced creation in the Cayol family.[xii]

In her short story “The Last of the Mohicans,” Marie presents a dialogue between a French painter (Pierre) and his Native American friend (Gerald Vizenor) that further develops elements of Native American thought and tradition that the Cayols adopted. Discussing the French painter’s scenes representing symbols, mythology, and history, the Native American friend says: “a union of lines, textures, and colors . . . how he defies gravity and balance through barely sketched forms, upset perspectives, held together by a discrete and rigorous construction.” Addressing him directly, he continues: “All your paintings are a wink to escape reality, to resist incomprehension and dissatisfaction, to raise one’s spirits to previously unattained heights. A way to overcome, to sublimate difficulty. You have this power to dream that Indians have. For, if we are still alive today, without rancor against adversity, if we escaped despair, it is thanks to the dream that feeds our visions. This explains that I like Chagall above all, because of his green-faced violinists perched on the roof, of his houses floating in the sky, upside down, and of his lovers who fly over the city.”[xiii]

Central to this analysis is the passage between different realities. Marie’s latest ethnographic book, Masayestewa: A Hopi Farmer, defines this passage as central to Hopi philosophy: “Suffice it to look at the sun’s voyage: it has two entrances, two ‘houses’ situated at each end of its course. Mornings we suppose that he comes out of his eastern house, and evenings it goes into its western house. During the night, it must travel underground from west to east to be ready to appear the next morning. Thus, day and night are inversed in the upper and lower worlds. This duality between the two worlds is one of the fundamental aspects of our vision of the world. The lower world, or underground world, represents the matrix in which each experience is born. At our death we return to the underground world. Day and night, summer and winter, life and death, are included in a system of alternance and continuity.” To escape real time, to escape reality, and to see everything as related are fundamental concepts, as in the Snake dance performed in Shungopavi in which a sky spirit (Youth Serpent) unites with an underground spirit (Girl Serpent) in order to renew nature’s fertility.[xiv] Mother Earth and Father Sky are inseparable, always complementary.

Pierre paints what Marie puts into words. Cultural passage for him is first of all a passage of landscapes and colors. While in Tavel, Pierre paints Arizona and while in Arizona he paints the Alpilles. He mentally comes and goes between both landscapes, superimposing both worlds on his canvas, reality and dreams, sky and earth, nature and symbols, in collage-fashion, paintings so full of “signifiers” that one must make time to unpack their full message. For Pierre, the problem is simple: Provence has simple colors but intricate forms; Arizona has simple forms but intricate colors. The Alpilles are given Arizona colors and Arizona the texture and shape of the Alpilles. Thus, Pierre’s native and adoptive landscapes become one through the affinities between their respective mineral worlds. Their writer friend Jean Joubert sees in this process the creation of “a happiness aura” and calls Pierre Cayol “a poet of painting.” Indeed, Pierre’s paintings reflect a deep serenity, a translation of the harmony between man and nature. In Native American parlance, Pierre has found the one landscape awaiting him, corresponding to his nature, a mirror of his uniqueness. A camaïeu of colors enhance the liberating lines that underscore the immobile motion of the stone. The paintings’ watchful balance and their quiet sensitivity invite the viewer to divine the multiple resonances between nature and man. Symbols accumulate: petroglyphs, peyotl bird, tortoise, blue cicadas, Kachina dolls, and colorful fabrics. Pierre Cayol creates paintings within his paintings; resonances are an intrinsic part of his work, uniting themes held across time by a great unity of purpose.

For Pierre, the problem is simple: Provence has simple colors but intricate forms; Arizona has simple forms but intricate colors.

Pierre’s work is sober and generous, vast and fecund, a pleasure for the eye and the soul. Like Marie’s writings, which echo one another, Pierre’s paintings echo themes treated in different media (pencil, mine, oil, watercolor, acrylic paint, and linocut), as if infinite variations wove a dialogue within uninterrupted creative meditations. Even his paintings devoted to non-American themes (nudes and natures mortes) celebrate the primal beauty of the world and allow the viewer to relate to them immediately through a balance between emotion and mind. Emotion caused by the colors; mind that must decipher the geometry of the paintings and their significations. The result is superimposed and overlapping forms and colors. Pierre likes to cite Van Gogh’s statement about the artist needing “a lot of drawing and few colors.” Indeed, he paints in contrasts (shadows/light, transparent/opaque) that provide yet another oscillation of the brain between emotion and rule that allows artist and viewer yet another passage—a journey toward the infinite, the existential, the primal.

Pierre’s paintings reconcile the sacred with reality. His biographer, Joseph Pacini, writes that Pierre is a traveler searching for the unattainable; in him pass nature, earth, air, water, and fire, mountains, deserts, and oceans, in searching to find the source of his desire to paint. Another writer, poet, and friend, Marc Alyn, writes of the transformation of solid matter into pure light in his paintings. Indeed, the blue hues in his paintings, especially in his Homage to Van Gogh, have exquisite softness and warmth. In his book Cayol: Peindre le désir, Pacini celebrates Pierre’s sensitivity to nature and people and writes that painting for him is a ceremony in which space, time, and matter meet to give shape to the incandescence of light. This is how Pierre’s paintings reconcile the physical and metaphysical worlds.

Like Pierre, Marie does not exclusively deal in Native American topics. Her trademark is her unflinching attentiveness as a listener and reader. Mémoires provisoires: Entretiens avec Marie Cayol, a series of interviews with French poet Marc Alyn, shows the depth of her understanding of him as a person and a poet. Her questions elicit information about the lesser-known parts of his life, his everyday actions and contacts with artist friends, away from the limelight; she brings about the best in him, and the result is a finessed portrait. A quintessential team player and selfless supporter, she acknowledged the contributions of Marc Alyn to the book by listing him as the author of the book, while her name appears in the subtitle. Alyn cited this volume as the basis for his recently published memoirs, Le temps est un faucon qui plonge.[xv] Marie practices writing as a shared occupation, weaving subtle threads between themes that remind the reader of the equally subtle yet strong friendship ties between authors.

As for her writings about Native American people, Marie has thus far devoted one book to each befriended nation. But, before discussing them, one must mention Pierre’s series of four paintings entitled Homage to . . . and dedicated to the Navajo, Hopi, Apache, and Pueblo nations. These four paintings echo Marie’s four ethnographic books dedicated to the same nations. They were indirectly inspired by a series of three large frescoes by Ambrogio Lorenzetti (1290–1348) placed in the council room of the Siena town hall. This extraordinary representation of the allegory and effect of good and bad government provides an important key to understanding Pierre’s treatment of landscapes. First is the painting’s concept of space (these frescoes represent the largest landscape ever painted in medieval art, in realistic fashion depicting everyday life); second is the harmony between nature, urban landscape, and human activity. Pierre’s entire philosophy of representation is based on the frescoes, which deeply impressed him. His four “Homage to” paintings are a construction—almost a collage—uniting in their architecture landscapes, objects, and symbols.

 

At the end of the White Painted Woman ceremony, Moneek, following the Gans (crown dancers), blesses the people with clay. The Fort Apache Indian Reservation, in the White Mountains of eastern Arizona, is home to the White Mountain Apache Tribe.

 

In 2006 Editions du Rocher / Nuage Rouge published Pierre and Marie Cayol’s Apaches: Le Peuple de la Femme Peinte en Blanc, with a preface by N. Scott Momaday who qualifies their collaboration as “a happy collaboration, an extraordinary complicity between husband and wife.” This book, which focuses on the Apache puberty rite, is richly illustrated by photographs taken by Marie, whose eye is as excellent as her prose. Commenting on Marie and Pierre’s collaboration, Momaday waxes poetic. Of Pierre he says, “I have seen him study a landscape, sketch it with quick and precise lines, then paint it on canvas with remarkable mastery. His paintings retrace the geology and the sacred nature of the earth. He perceives the landscape like Indian people, feels it deeply in its spiritual dimension, and admires it reverently.” Of Marie, Scott Momaday writes that she adds to Pierre’s affection for the Indian world “a supplement of penetrating insights and eloquence. She has a poet’s talent, a love for language, and a quality of expression that is all clarity and concision. Her images are immediately evocative, revelatory—small masterpieces of composition and suggestion.”[xvi] Pierre and Marie were introduced to the Apache world through Diana and Gibson Aday, whose children they saw grow up year after year, as well as through a retinue of artist or educator friends. This means many returns and an accumulated wealth of knowledge through the years that is faithfully translated: every statement of Marie and Pierre is true and faithful to the reality of the Apache people. The reader meets a host of people, from regular Apache families to clan leaders, directors of research centers such as the Tiller Research group, members of the tribal councils, women, children, medicine men, veterans, writers, and artists, including Native American artists who, like Perry Smith, live in Paris. Some of these characters appear in Indianités, in poems, or in Les Roses de Taos. They form a circle of friends, a mirror of life in uninterrupted fullness—from birth to death, from nature to humanity, from animals to crops, from tradition to modernity.

Of Marie, Scott Momaday writes that “her images are immediately evocative, revelatory—small masterpieces of composition and suggestion.”

The following book, Navajo Mountain: La tête de la Terre-Mère, Natsis’ààn,[xvii] shows the same pattern. Marie describes the life of Navajo friends Helen and Jerry Smallcanyon, whom they have known since 1981, when they first made their trip with Blaise, then eleven, and Mathieu, then eight. Over their return visits for several years, they became known as “the one who paints and her who accompanies him.” The book was prefaced by Helen and Jerry’s daughter-in-law, Mary L. Washburn. Marie also describes Navajo Mountain in a book for youth, Au pays des Navajos.[xviii] Both volumes are illustrated with photos from the trip and with Navajo art. In both books, Pierre’s presence is very much in evidence. In the Navajo Mountain book, his preface explains Marie’s method—all the material in the book comes from what their Navajo friends have told them in their native language, translated by their children into English, then put into French by Marie. At the foundation of Marie’s work is her and Pierre’s respect for Native people and their message, and their care and concern for translating it faithfully—a fundamental value that is required in any dialogue, but particularly with Native Americans whose history and identity has been often distorted.

In 2015 Nuage Rouge published Marie’s book on the Pueblo people, another travelogue summing up thirty-three years of friendship with the tribe: Chez les Pueblos du Nouveau-Mexique: Voyages (1981–2014). Prefaced by their friend Brenda Romero, an academic and an ethnomusicologist, the book, in the words of Romero, “guides us in our learning about humankind in the world.”[xix] Indeed, the book is all about the people, most notably Scott Momaday. Marie’s depiction of contacts between the Pueblos and the Spanish is quite remarkable, for it addresses a myth among the French public: that of the non-Europeanization of Native American tribes of the US Southwest who are believed to have kept intact their traditional culture. While this is largely true, Marie describes the result of the interaction between Pueblos and Spaniards, namely the Matachinas culture, and a strong Roman Catholic presence visible in the St. Laurent church in Picuris. As in the other books, Pierre and Marie’s talents are conjugated here. The pictures taken by Marie alternate with a painting by Pierre entitled Homage to the Pueblos. Marie and Pierre share verbal and visual art, although each has a different “dominant” talent. Both books have one thing in common, though: the discovery of the earth, its beauty, and its mystery, and the desire to share this beauty.

In a fourth book, Masayestewa, un fermier Hopi, Marie thus sums up the situation of the Southwest Indians today: “One often thinks that Native Americans live between two worlds and that therefore they are a bit lost. Maybe that was true at the beginning, when they were confronted by American civilization, but today it is not a problem to reconcile both. Highways and cars facilitate communication and allow exchanges, meeting people, and understanding each other’s values. Whether young people get an education, enroll in universities . . . does not bother the true nature and beliefs of the Hopi people. For knowledge is like a circle; the more it grows, the more it fulfills man and increases his desire to know more. . . . Progress and tradition are not antithetical but conjugate like past and present to face the future serenely.” And, amid change, there is an unchanged tradition: the significance of the corn that accompanies Native Americans from birth through all of life’s ceremonies. Corn is sacred, and each kind and color has a role: yellow for eating; white hominy for the mutton stew; blue for blue flour; red for the ceremonies. Each color has a cardinal direction and a symbol: white (east) symbolizes purity; red (south), respect; blue (west), patience; yellow (north), knowledge.[xx] Her descriptions show the love, care, and respect that she feels for Native American practices.

Marie is very sensitive to the specific character and ritual of each nation’s symbols and ceremonies. Yet it should not be forgotten that all Native American nations have a common perception, that all of Nature is creative and connected; all humans are studying the same text, Nature. The Great Spirit or the mystery of the Creator are central to their thought. Each system of thought was developed independently. There was never a war of religion among Native American tribes. Some parts of the ceremonies were private to nations; and a part was shared.[xxi]

* * *

What is the secret of Marie and Pierre? Their work, while allowing each of them their separate accomplishments, is closely interwoven, in full agreement—a rare collaboration of their lives and their art, which are inseparable. Each symbolizes the symbiosis of language, musicality, and visual art. Both seek to perceive beauty and to go toward the origin of the feeling of well-being, to be sated by this life-force. The artist invents forms that capture beauty: herein resides the end goal of art. The artist relates the physical world to the metaphysical, as in Navajo weavings. Observation is the key. Says Pierre, landscapes are masterpieces painted by nature. Time lives in the immensity of space. It is sober, pure, beautiful. There is no need to add anything. Everything is given. “I do not search; I go and receive.”[xxii]

 

University of Tennessee at Martin

 

 

[i] Gerald Vizenor and Pierre Cayol, Calm in the Storm / Accalmie, translated by Alice-Catherine Carls with Françoise Hàn (Nîmes: Comedia Press, 2015); N. Scott Momaday and Pierre Cayol, Appearances/Apparences, trans. Alice-Catherine Carls and Marie Cayol (Nîmes: Comedia Press, 2017); Ofelia Zepeda and Pierre Cayol, Aligning the World / Ȇtre au monde, trans. Alice-Catherine Carls and Marie Cayol (Nîmes: Comedia Press, 2018).

[ii] Two important translations by Temple are Les Psaumes de la création des Indiens Navahos (Forcalquier: Ed. Robert Morel, 1963), reprinted in 1998 (Aizy-Jouy: Editions de l’Arbre), and Chants sacrés des Indiens Pueblos (La Ferté-Milon: Editions de l’Arbre, 1997).

[iii] Blaise Cayol’s creations can be viewed on his website.

[iv] Serge Migoule, Le Marquis Folco de Baroncelli (Mondial, 2018).

[v] Pierre Cayol, letter to Alice-Catherine Carls, November 18, 2018.

[vi] The history of the Cémoi chocolate vignettes is a world education in itself. Founded in 1826 in Arles-sur-Tech in the Pyrénées as Cantaloup and Catala, the firm is today the first French chocolate manufacturer and number twenty-six in the world. Not unlike other chocolate manufacturers, Cémoi during most of the twentieth century used pictures as advertising for its products, which was an excellent sales strategy. By telling stories aimed at children, the manufacturer ensured that children would want to know “the rest of the story,” hence their mothers would buy more chocolate.

[vii] Joseph Pacini, Cayol: Peindre le désir (Imprimerie du Gard rhodanien, 2008). There are no page numbers in the book.

[viii] Marie Cayol, “Le dernier des Mohicans,” in Les Roses de Taos, 59–65.

[ix] Albert Bierstadt (1830–1902), German Romantic landscape painter. This episode is related in Pierre and Marie Cayol, Apaches: Le Peuple de la Femme Peinte en Blanc (Paris: Editions du Rocher / Nuage Rouge, 2006), 16.

[x] Marie Cayol, Les Roses de Taos, ou les ironies du destin (Mont-de-Laval: L’Atelier du Grand Tétras, 2010).

[xi] Marie Cayol, “La Chilienne,” in Les Roses de Taos, 32, 89.

[xii] “La Barrette perlée,” in Les Roses de Taos, 71. Blaise’s version of the encounter with the musicologist appeared in Indianités no. 7 (2002), under the title “The Pearled Barrette.”

[xiii] Marie Cayol, “Le Dernier des Mohicans,” in Les Roses de Taos, 62.

[xiv] Marie Cayol, Masayestewa, un fermier Hopi (Paris: Cardère, 2018), 134–35, 128.

[xv] Marc Alyn, Mémoires provisoires: Entretiens avec Marie Cayol (Paris: L’Harmattan, 2002). Alyn’s full memoirs are entitled Le Temps est un faucon qui plonge (Paris: PG De Roux, 2018). See “Marc Alyn, the Quiet Monstre Sacré of French Poetry.”

[xvi] Pierre and Marie Cayol, Apaches, 10, 11.

[xvii] Marie Cayol, Navajo Mountain: La tête de la Terre-Mère, Natsis’ààn (Paris: L’Éphémère, 2010).

[xviii] Marie Cayol, Au pays des Navajos (Paris: L’Horizon délivré, 2013).

[xix] Marie Cayol, Chez les Pueblos du Nouveau-Mexique: Voyages (1981–2014) (Paris: O. D. Editions—Indiens de tous pays, 2015), 8.

[xx] Marie Cayol, Masayestewa, un fermier Hopi, 136, 78.

[xxi] These comments about the Great Spirit were given by Tennessee Cherokee poet and activist Marilou Awiakta: Alice-Catherine Carls, interview with Marilou Awiakta, Memphis, Tennessee, December 14, 2018.

[xxii] Cited by Joseph Pacini in Peindre le désir.

Alice-Catherine Carls is Tom Elam Distinguished Professor of History at the University of Tennessee at Martin. An internationally published diplomatic and cultural historian of twentieth-century Europe, she is also a translator and literary critic. She serves on several editorial boards and commissions in the United States and abroad.

 

 

 

Peintre et poÈte

 

Au-delà d’une parfaite maitrise de son art, acquise  selon les disciplines traditionnelles, et par l’imprégnation des œuvres accumulées pendant des millénaires, d’Altamira et Lascaux à Braque et Picasso, en passant par Giotto, Uccello,  Zurbaran, Velasquez et Poussin, Pierre Cayol  n’a cessé de créer une œuvre qui lui « colle à la peau », que ce soit par la peinture et, de plus en plus, par la gravure et le dessin, ce qui peut laisser penser que ce constructeur aurait pu s’exprimer aussi par la sculpture. Mais l’inspiration de cet artiste se trouve dans le paysage de sa Provence natale, les rochers calcaires, les solides odeurs des herbes sauvages, une nature qui lui parle, comme celle qu’il fera sienne, en Arizona et au Nouveau-Mexique, dans les territoires des peuples premiers, Navahos, Apaches, Pueblos ou Hopis qui lui sont depuis longtemps familiers et dont les peintures, les poteries, les chants sacrés rejoignent dans ses œuvres les sources d’inspiration de sa terre natale. Pour lui, les roches lumineuses des Baux de Provence, le Canyon de Chelly, le mont sacré du Shiprock demeure de Yeibichei, le Tout Puissant, forment une sorte de patrie intérieure dont il est devenu l’aède, avec laquelle il entretient un dialogue intense et secret. L’œuvre de Pierre Cayol est un message, un chant, et le peintre est aussi un poète.

                                              FRÉDÉRIC JACQUES  TEMPLE - Octobre 2019

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Dernière mise à jour le 21 novembre 2019 © Pierre Cayol